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Graines de voyages à découvrir

vendredi 3 juillet 2020

Paroles d’une confinée heureuse


Le 12 Mars, nous apprenons que l’école va fermer ses portes.
Et puis voilà très vite, une mesure tombe : le confinement.
Une mesure déstabilisante par son caractère inédit et sa rapidité d’application.
On l’attendait sans vraiment croire que çà arriverait.
Et tout à coup, en une journée tout bascule, le quotidien change radicalement, chômage partiel, écoles fermées, réunions familiales interdites, scènes de ruées et rayons vides dans les supermarchés, attestation de sorties obligatoires et le risque.
Mais où est le risque ? Des informations contradictoires, un virus dont on peut être porteur sain, déclenché des symptômes 15 jours plus tard, mourir en quelques jours, un traitement existe, peut être oui - peut être non, faut-il porter un masque ?
Ce virus d’où vient-il ? Un complot, un laboratoire chinois, un pangolin ?
Que des questions sans réponses…

Et pourtant, voici une période de ma vie particulièrement heureuse.
Parce que très vite, nous avons réalisé que nous avions la chance d’être protégés : nous étions en bonne santé, avec un toit sur notre tête, la possibilité de pouvoir acheter de la nourriture en limitant les contacts, la possibilité de chômage partiel. Nous savions nos proches loin mais en bonne santé. L’essentiel était là.

Au départ, nous nous tenions à distance de l’actualité, pour protéger notre fille, nous avons décidé au départ de lui dire que nous étions « en vacances ».
Cela donnait un caractère beaucoup plus festif à cet enfermement, cela expliquait que nous étions disponibles pour jouer et pour passer du temps ensemble.
Nous avons essayé de conserver un rythme classique :
Se lever vers 8h, petit déjeuner, se laver, faire les activités d’école, jouer, préparer le repas et manger. L’après-midi, sieste, gouter, jeux, diner et un petit film.
La télé était coupée sauf pour le film du soir et la radio branchée sur RTL2 pour écouter principalement de la musique.
La famille et les amis proches nous manquaient beaucoup alors on s’appelait chaque semaine juste pour s’envoyer des bisous.
Nous avons intégré l’école à la maison sans problème grâce au soutien de la maitresse qui nous apportait chaque semaine des activités dans la boite aux lettres et j’avoue que j’ai eu beaucoup de plaisir à me sentir utile dans l’apprentissage des savoirs essentiels comme écrire, lire et compter en essayant de proposer une approche ludique.

Ce qui marque dans cet arrêt brusque de la société c’est le retour à l’essentiel.
Notre grande force c’est qu’étant en cheminement depuis quelques temps nous n’avons pas été beaucoup déstabilisé.
J’en ai profité pour faire du tri et du nettoyage à la maison, de la peinture, de la couture, de la cuisine, des loisirs créatifs, des jeux dans le jardin une belle opportunité de transformer une contrainte en opportunité.
Faire soi-même et le partager, prendre le temps tout simplement, quelle chance!
Et en plus le soleil était au rendez vous.

Lorsque j’ai dû annoncer à ma fille que notre séjour familial en Vendée était annulé, il a fallu poser des mots pour expliquer la situation sans faire peur.
Ce n’est pas évident d’expliquer le « conaravirus » à son enfant et de lui demander de porter un masque et d’appliquer des gestes protecteurs pour sortir de la maison.
C’est peut-être cela qui m’a peiné : expliquer à mon enfant qu’elle doit se protéger du monde extérieur.
Je faisais déjà un terrible constat de l’état du monde dans lequel nous étions mais cette fois ci cela se concrétisait brutalement dans notre quotidien.
Mes inquiétudes sur le réchauffement climatique, la destruction des écosystèmes, les inégalités sociales …et les toutes les autres horreurs du monde, je les garde au plus profond de moi, je protège mon enfant en l’épargnant de l’actualité et en lui enseignant des valeurs qui me semblent importantes.

Alors nait l’illusion du monde d’après : et si ce retour à l’essentiel dans tous les foyers apportait une nouvelle conscience à chacun ?
Conscience que la solidarité, l’entraide, la protection de notre environnement et des êtres vivants, les commerces et échanges de proximité serait les bases à intégrer dans notre société.
Arriverons-nous à comprendre que nous dépendons les uns des autres.
Un article de Charlie Hebdo disait « le confinement aura démontré 3 choses :
 - notre économie s’effondre dès qu’elle cesse de vendre des trucs inutiles à des gens surendettés,
 - il est parfaitement possible de réduire fortement la pollution.
 - les personnes les moins bien payées sont les plus essentielles à son fonctionnement »
Il m’est arrivé d’être désespéré notamment début Mai en voyant des personnes prendre d’assaut les centres commerciaux ou Mc Do et voir des déchets trainer sur le sol (comme les masques et gants)
Parfois avec colère, j’ai bougonné que notre espèce ne mérite qu’un virus qui viendrait l’exterminer.
Et puis, je me dis que je ne peux pas laisser cette flamme s’éteindre, que si je ne crois qu’un autre futur est possible qui le fera pour moi ?
Il faut préserver cette graine d’espoir dans le fond de mon cœur qui me rend vivante et fais de moi ce que je suis.
Plus que jamais l’avenir est incertain, la force de ma génération sera sa capacité de créer et de s’adapter.
Je garde espoir en ce monde à créer pour le futur de mon enfant.

Doucement, le déconfinement s’accélère et c’est là le plus difficile car j’avoue que nous avons eu la chance de passer cette crise sans encombre en ayant des conditions favorables.
Cette parenthèse enchantée m’a montré la chance d’avoir un foyer aimant dans un environnement calme car je ne l’aurais peut-être pas vécu si bien si j’étais enfermée sans jardin sans contact avec la nature ou si j’avais été seule à mon domicile.
Je n’oublie pas que ce confinement a aussi engendré la solitude, la violence et la peur dans d’autres foyers.

Je reprends petit à petit le rythme « normal » enfin le rythme « d’avant la crise » car je ne pense que ce rythme soit « normal ».
Plus que jamais je sens que j’ai besoin de passer le maximum de temps avec ma famille et surtout avec ma fille.
Je n’aime pas avoir cette sensation de course effrénée, devoir comptabiliser mon temps, faire des plannings, optimiser mes trajets et mon temps pour faire le maximum de tâches. 
Je me sens conforté dans le cheminement que j’emprunte depuis quelques temps :
le vrai Bonheur est dans les choses simples.

Merci à mon mari et ma fille, compagnons de confinement, avec qui j’ai passée de beaux moments de complicité.
Merci à ma famille pour leurs appels réconfortants et pour la joie des retrouvailles
Merci aux amis qui ont pris des nouvelles et échanger dans cette période
Merci à toi l’inconnu au détour d’un magasin qui a été sympathique et m’a rendu le monde extérieur moins sauvage




Les grandes dates  :
26/02/20 : premier décès d’un Français contaminé par le coronavirus
28/02/20 : passage au stade 2 de la situation épidémique

08/03/20 : le cap des 1000 cas franchi en France
12/03/20 : Allocution télévisée du président : fermeture des crèches, écoles, collèges, lycéees et universités
13/03/20 : interdiction des rassemblements de +100 personnes
14/03/20 : passage au stade 3 de la situation épidémique
16/03/20 : Allocution télévisée du président : information sur la mise en place des mesures de confinement
17/03/20 : Mise en place du confinement pour 15 jours
27/03/20 : confinement prolongé jusqu’au 15 Avril

30/03/20 : le cap des 3000 cas franchi en France



10/04/20 : le nombre de décès passe la barre des 13 000



13/04/20 : Allocution télévisée du président : strict prolongement du confinement jusqu’au 11 mai



20/04/20 : La France dépasse le cap des 20.000 tuées par le nouveau coronavirus
09/05/20 : La France prolonge l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 juillet
11/05/20 : Mise en place d’une cartographie pour un déconfinement progressif. Réouverture partielle des écoles
02/06/20 : réouverture des bars, restaurants et piscine
15/06/20 : reprise de l’école pour ma fille
22/06/20 : Ecole et collèges obligatoires, réouverture salles de cinéma, casinos, sports collectifs
03/07/20 : 29 875 décès en France - 10.8 millions de cas  infectes dans le monde


Ressources :



CALOGERO - On fait comme si





C'est un drôle de silence qui vient de la rue
Comme un dimanche imprévu
Un homme chante là-bas, sur un balcon
Sa voisine l'accompagne au violon
On a dit aux enfants des mots qui rassurent
C'était comme une aventure
On a collé leur dessin sur le frigo
On a éteint les chaînes d'infos
On fait comme si, tout n'était qu'un jeu
On fait comme si, on fait comme on peut
Quand vient la nuit, en fermant les yeux
On fait comme si ce monde était encore heureux
On fait comme si, on n'était pas là
Parents, amis, on se reverra
Et même si, ce printemps s'en va
Juré, promis, le monde recommencera
Malgré les peurs, il y a des rires qui s'accrochent
Être si loin nous rapproche
Même pour parler de rien, du bleu du ciel
Surtout donne-moi des nouvelles
On fait comme si, tout n'était

ALDEBERT - CORONAMINUS
Avis à tous les terriens
Le Corona Minus, un tout petit mais très dangereux virus extraterrestre
En provenance de Vénus, s'est posé sur la Terre
Et c'est à nous petits et grands, super-héros du quotidien
De nous défendre pour l'éliminer
Votre mission si vous l'acceptez est la suivante

Lavez-vous les deux mains une demie minute
En récré, prenez soin d'éviter les disputes
Respectez la distance avec tous les copains
D'un mètre, dit la science et puis tout ira bien
Que vous soyez à Berlin, Strasbourg ou Hollywood
Prenez garde toujours, toussez dans votre coude
Évitez les balades dans les endroits bondés
Ne tombez pas malades, donc voilà une idée
Nom d'un petit pangolin
Je ne sais pas ce qui me retient
D'renvoyer sur Vénus
Ce satané virus
Eh, nom d'une
Nom d'un petit pangolin
Je ne sais pas ce qui me retient
D'renvoyer sur Vénus
Ce satané virus
Eh, nom d'une chauve-souris
Mais quand va-t-il filer d'ici?
Déserter notre globe
Satané microbe
La condition requise pour aller mieux demain
Ne faites plus de bises, ne serrez pas de mains
Mais pour être peinards, soyez mobilisés
Jetez votre mouchoir une fois utilisé
À l'école ou la maison, restez zen et candides
Telle est votre mission et ce fichu COVID
Nous lâchera les baskets et nous crierons victoire
Partout sur la planète on fêtera son départ
Nom d'un petit pangolin
Je ne sais pas ce qui me retient
D'renvoyer sur Vénus
Ce satané virus
Eh, nom d'une chauve-souris
Mais quand va-t-il filer d'ici?
Déserter notre globe
Satané microbe
Déserter notre globe
Satané microbe



Euh, c'est quoi un pangolin?






Mais c'est trop mignon un pangolin!..





















mardi 4 février 2020

Pour ton bien - quand la vie ne tient qu'à un fil


3 jours après ta sortie d’hôpital, nous organisons ton retour à domicile car c’est ton souhait le plus cher : quitter le milieu médical et rentrer chez toi.
Après une bataille pour l’organiser, nous mettons en place les conditions appropriées qui te permettrons de pouvoir rester à domicile.
Nous intégrons de nouveaux besoins qui seront gérés par les aides à domicile et nous insistons sur la sécurité même s’il est difficile pour toi d’accepter des aménagements dans ton univers.
Tu souhaites conserver le maximum d’autonomie et nous t’y encourageons mais dans un cadre sécurisé.


Dès ta sortie, nous discutons de la gestion du linge sale, au choix nous nous en chargeons ou tu continues à faire de petites lessives que tu accroches sur un étendoir. Terminé le fil à linge installé au plafond que tu dois atteindre en montant en équilibre sur une chaise.
A ce moment-là, je pars avec ta parole.
Le lendemain matin, je reçois un appel me signalant que tu es monté sur ta chaise pour accrocher ton linge et que « c’est dangereux Madame »…
Bref, grosse déception mais il faut réagir pour éviter que tu sois en danger.


J’arrive ce matin-là, je me sens obligée de mettre ma casquette de maman :« Nous avions discuté du fait qu’il est périlleux d’être en équilibre sur une chaise à 88 ans mais hier tu as pris ce risque.
Je suis déçue car nous souhaitons te laisser le maximum d’autonomie mais pour cela nous avons besoin de pouvoir avoir confiance en toi.
Je ne veux pas que tu arrêtes de faire ta lessive, je veux simplement que tu la fasses dans des conditions sécurisées en l’accrochant sur un étendoir et pas en en équilibre sur une chaise.
Ça ne va pas te faire plaisir mais pour éviter que cette situation ne se reproduise je vais donc couper le fil à linge »
Tu me réponds « Oui je sais c’est dangereux… »


Un long silence s’installe et je coupe ce fil.
Tu es là assis sur ta chaise, les yeux baissés, comme un enfant qui sait qu’il a fait une bêtise.


Moi je suis comme une maman qui punit son enfant alors qu’elle n’en a pas envie, qui le fait « pour son bien ».
Ma gorge se noue, je mesure qu’il est difficile de faire le bon choix « pour le bien » des autres.


A cet instant, je sais ce qui se joue en toi. Je te prive de faire quelquechose, je change tes habitudes, tu as l’impression que ton autonomie diminue un peu plus, tu te sens rabaissé, diminué.


Agir « Pour le bien » des autres, c’est penser qu’ils ne sont pas en capacité de prendre les bonnes décisions pour eux-mêmes et la frontière est difficile entre intrusion et protection. Ce rôle d’aidant est une source de réflexion, je recherche encore la meilleure posture à adopter.
Mais je reste convaincue que la sécurité est importante, que tu ne peux pas continuer à te mettre en danger juste parce que « tu as toujours fais comme çà ».


Aujourd’hui, tu as besoin d’être entouré au quotidien, je suis certaine que cela peut te permettre de conserver le maximum d’autonomie tout en s’adaptant à tes besoins.
Je suis là dans cet objectif, convaincue que l’amour, la discussion et la confiance seront les clefs d’un bon accompagnement.

lundi 20 janvier 2020

Je te maintiens en vie

Si ce gobelet de café pouvait parler, il vous dirait le nombre d'heures où j'ai arpenté ces couloirs en le serrant fort entre mes doigts.
Je m'accrochais à lui comme on s'accroche à la vie, d'abord de l'ascenseur jusqu'aux portes automatiques, un instant pour prendre du courage et dès qu'on entre dans le service gériatrie, c'est un autre monde qui s'ouvre où la vie perd sa lumière à chaque pas.
Cette odeur qui prend les tripes, ces corps décharnés qui se contorsionnent, ses appels de détresse.
Et puis, j'arrive à ta chambre, en général, il ne faut que quelques minutes pour savoir si tu es avec moi.
Si tu me demandes des nouvelles de ma fille, je sais que tu es là et que l'amour viscéral que lui porte te donne la force d'être là.
Parfois tu n'es pas là, j'écoute patiemment tes hallucinations ou tes propos désordonnés, je prends des nouvelles des personnages imaginaires qui trottent dans ton esprit.
Je dois avouer que depuis quelques mois, tu disparais chaque jour un peu plus.
Tu retournes à l'hôpital après seulement 4 jours à ta maison et tu n'as plus le courage ni la volonté de vivre. Je le sens et tu l'exprimes de plus en plus.
Tu as l'impression d'être un fardeau alors je te rassure.
Mais je sais qu'à ton âge que se soit maman et moi, par nos mesures de prévention ou de la part du personnel médical par leurs protocoles, nous ne faisons que te maintenir en vie.
Je regarde ton corps fatigué et usé, j'entends ton esprit s'embrouiller, je vois tes yeux qui se ferment et qui luttent pour ne pas sombrer.
Parfois je comprends que tu souhaites mourir. Une partie de toi est déjà morte il y a 10 ans avec le décès de mamie et le survivant que tu es voudrais du répit.
Parfois, égoïstement, j'aimerais te voir continuer à te battre pour ne pas te perdre car on a beau savoir que l'échéance approche, on est jamais préparé.
On est jamais prêt à accueillir la vie ou la mort.
Elles nous surprennent, elles nous submergent, elles nous chamboulent une partie de nous même.
Je quitte ta chambre ce jour-là, le soleil d'hiver réchauffe la pièce, tu es allongé dans ton lit, je tiens ta main, je caresse tes cheveux et tu t'endors.




Je rentre à la maison, le moral dans les chaussettes.
Ma fille me saute dessus et m'offre un bisous qui transpercerait ma joue s'il le pouvait !
Elle m'invite à jouer, je deviens un personnage qui part à l'aventure dans un autre univers.
Au début, ce n'est pas facile et puis au fur et à mesure, je m'évade avec elle.
Je me rends compte de ce pouvoir magique, grâce à son amour, à sa joie, à son imagination, je m'extrais de ma peine, elle me donne une force insoupçonnable.



Je ramène à l'hôpital une photo de ma fille, j'ai espoir que son sourire aura le même effet sur toi.
Je ne sais pas dans combien de temps nous serons séparé toi et moi, est ce une question d'heures, de jours, de mois, d'années?
J'espère au fond de mon cœur que si les derniers instants de ta vie sont semés de difficultés, ma présence et mon amour les auront rendus plus doux à vivre.
Dans mon cœur pour toujours.






"On ne retient pas l'écume
Dans le creux de sa main
On sait la vie se consume
Et il n'en reste rien
D'une bougie qui s'allume
Tu peux encore décider du chemin
De ton chemin



Crois tu que tout se résume
Au sel d'entre nos doigts
Quand plus léger qu'une plume
Tu peux guider tes pas
Sans tristesse ni amertume
Avance, avance puisque tout s'en va
Tout s'en va



Tu trouveras le soleil
Dans le cœur des enfants
Sans nulle autre joie pareille
Ni sentiment plus grand
Un mot d'amour à l'oreille
Peu dans chacun réveiller un volcan
Pour qui l'entend

Yalla"



















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